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| 11/10/2002
Darius Heristchian
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Entretien majeur avec l’un des riders les plus techniques et les plus stylés de la scène actuelle. |
Darius Heristchian est plus qu'un bon snowboarder, il est un modèle de technique et de style pour nombre de très bons riders. Et à quoi ça sert le style ? Le style, c'est la petite touche ou le détail qui fera que l'exécution d'une même figure, vous laissera, vous, néophytes, complètement froid, ou vous scotchera sur place suivant la façon dont le rider évolue en l'air. Un peu abstrait tout ça ? Laissons la parole à Darius pour nous l'expliquer en détail, et faire un bilan sur sa carrière de snowboarder qui n'en finit pas de progresser. |
Agoride: Darius, qui es-tu? Darius : Darius Heristchian, 22 ans, j'habite Genève, ride depuis 10 ans et ai arrêté l'école il y a 4 ans. Je ne fais aujourd'hui plus que du snowboard.
A: Parle-nous de tes débuts en snowboard. D: Et bien à l'époque, je faisais du sk8 à Genève avec un pote et puis un jour on est tombé sur un magazine intitulé "Nouvelles Sensations", il y avait Bert Lamar qui faisait des wheelings avec les mains dans la neige, on était comme des barges et on a voulu essayer.
A: Et tes débuts dans la scène snow. D: Franchement, j'ai eu un coup de bol incroyable. En 93, j'étais au "Patates Snow Camp" et j'avais Xavier Grand et Norman Kerr comme profs. Là-bas, j'ai rencontré Arlette Javet qui travaillait pour Rossignol et qui a proposé de m'équiper. J'ai continué à rider avec Fred Laborde et Paul Eymard qui m'ont épaulé et m'emmenait rider avec eux. De fil en aiguilles, je suis passé de Rossignol à Hammer par le distributeur suisse. En 97, Carlos est devenu team-manager Hammer. Il était genevois, me connaissait depuis plusieurs années et s'est beaucoup occupé de moi à partir de là.
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A: Il n'y a aucune montagne autour de Genève alors où ride vont rider les gens en général? D: Si tu n'as pas des parents qui vont à la montagne, tu prends tes petits sous et tu vas à la gare routière et tu prends le bus pour Flaine, les Contamines, Chamonix...
A: Les stations les plus proches sont en France? D: Oui, sinon après il y a le Jura aussi mais les vrais stations suisses les plus proches sont dans le Valais à 1 h 30 de Genève. Quand tu habites à Genève, tu vas rider un peu partout en fonction des conditions. On n'est pas localiste au point d'aller à tout prix à un endroit même si c'est pourri. On aime bien aller à Thyon car c'est des gens cools qui y sont. En dehors de ça, on va partout où c'est bon et c'est d'autant plus agréable de découvrir de nouveaux spots.
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A: Mais puisque vous allez souvent rider en France, explique-nous pourquoi cette guéguerre où vous nous chambrez sans arrêt. D: Non, il n'y a pas de guéguerre, on charogne un peu les Français car pour beaucoup de Suisses, notamment les Suisses Allemands, on est des Français alors que pour les Français, on est très proches des Suisses Allemands.
A: C'est négatif pour vous d'être comparé à des Français? D: Non, mais on se fait cataloguer des deux côtés et on le prend assez mal. Et puis, il y a aussi le fait que n'importe quel Genevois aura des mauvaises anecdotes avec des Français à raconter. Du genre, les mecs des cités d'Annemasse qui viennent chercher des histoires sur les skateparks de Genève ou dans les soirées. Mais de toute façon, la Suisse Romande a une culture propre à elle mais on essaie toujours de nous comparer à d'autres entités, alors c'est juste une façon pacifique de nous défendre. C'est comme quand on va dans les stations françaises, c'est complètement différent d'ici. En France, c'est vraiment des villes à la Montagne. Les gens se comportent comme des citadins et jettent tout par terre. Ils ne respectent pas la nature.
A: Mais qu'est-ce qui fait qu'il y a plus de chalets en Suisse et du béton en France? D: Je sais pas, on a aussi quelques stations avec des immeubles comme les vôtres...
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A: Oui, mais d'une manière générale, c'est plus typique en Suisse et plus urbain en France. D: Ben, c'est peut-être la thune qui fait ça.
A: La thune? D: Ahahah, tu l'attendais ça, hein? (mort de rire) Disons que le ski est plus démocratisé en France. En Suisse, ça reste un sport très cher.
A: Et quels sont les spots où tu iras rider cet hiver? D: J'irai souvent aux Portes Du Soleil pour filmer avec David (Vladyka), j'irai rendre visite à Pascal (Imhof) à Grindelwald et puis je voudrais découvrir de nouveaux spots en Suisse Allemande.
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A: En Suisse Allemande, alors tu n'es pas si raciste que ça. D: Mais non, je ne suis raciste que dans l'humour (rires).
A: Comment expliques-tu alors qu'une ville purement citadine comme Genève sans culture relative à la montagne comme elle peut exister à Grenoble, Annecy ou Innsbruck aie autant de top riders? D: C'est une auto-motivation. Il suffit qu'il y aie un bon rider qui en motive d'autres. Ces autres riders vont progresser à leur tour et créer un environnement favorable pour les kids qui assureront plus tard la relève.
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A: Qu'est-ce qui fait un bon rider pour toi? D: Le mental!
A: Pourquoi le mental? D: En snow, tu ne peux pas faire un trick à moitié. Ou tu tombes, ou tu plaques ! Le corps doit tenir, c'est sûr qu'il faut avoir la pêche mais ça, ça vient en ridant. Il faut surtout être clair dans sa tête. Tu ne dois même pas imaginer que tu puisses tomber, il faut être confiant. Quand tu regardes les mecs en sk8, c'est tellement technique que tu comprends même pas comment ils font pour garder leur planche sous les pieds mais ils le veulent tellement fort que ça marche.
A: Qu'est-ce qui fait le style? D: La personnalité !
A: Pourquoi ? D: Les mecs qui sont en cata. en l'air sont ceux qui ne savent pas trop ce qu'ils veulent dans la vie. Le snow est un sport très différent de la gym ou du plongeon où toutes les figures sont normalisées voire imposées. Grâce à ça, le style est très important en snowboard et à chaque fois différent d'un rider à l'autre, les baggys aidant à ça pour beaucoup. D'ailleurs, à ce propos, je compte bien organiser un contest en fuseau.
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A: Hein ? D: C'est par encore officiel mais je veux vraiment le faire. L'idée serait de trouver une trentaine de fuseaux de toutes les tailles, les riders n'auraient qu'à payer le prix du fuseau comme inscription. Autrefois, tout le monde ridait avec des vêtements de ski près du corps alors qu'aujourd'hui tout le monde est en baggys. On voit beaucoup moins facilement les défauts d'un trick quand le type a des vêtements super larges. En fuseau, on aurait une meilleure vision du trick que le mec peut faire. L'idée de la chose serait "comment parvenir à rendre une figure belle sans l'esthétique des fringues qui va avec ?"et aussi faire comprendre comment le style old-school est arrivé. Certains riders modernes trouvent peut-être pourri de plier la cheville et mettre le genou à l'intérieur mais personnellement, je pense que ça fait partie du snowboard.
A: La gym t'a aidé aussi ? D: Oui, ça aide pour les repères aériens, si tu as des repères aériens, tu es plus à l'aise, mais le judo m'a encore plus aidé à apprendre à tomber et être à l'aise avec le sol. Je pense que les arts martiaux ont beaucoup de points communs avec le snowboard. Tu dois mettre ta ligne et ta tête en accord avec ton corps et c'est souvent une très légère différence de mouvements apparemment faciles et identiques au premier abord, qui crée le style ou l'efficacité.
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A: Tu fais attention à ta santé ? D: Oui, je vais un peu moins souvent chez l'ostéo. qu'à une époque mais j'y vais quand même plus que beaucoup de riders. C'est important de prendre soin de son corps. Quand tu as une petite douleur que tu ne traites pas, ça peut s'aggraver. Plus tu as mal et plus tu doutes, et plus tu doutes, moins bien tu rides. Ensuite tu perds la motiv. et tu rides encore moins bien. C'est un cercle vicieux. En tous cas, je n'aime pas rider si je ne suis pas à 100 % de mes possibilités physiques et c'est pour ça que je vais chez l'ostéo.
A: Tu as la belle vie aujourd'hui, tu voyages tout le temps, tu rides toute l'année, tu es invité par les marques un peu partout... D: Tout n'est pas aussi simple que l'on pourrait le croire. Les gens ont effectivement une image des pro-riders où on ne fait que voyager tout le temps pour rider et faire la fête sans jamais avoir de souci d'argent mais c'est une fausse image. Les marques organisent rarement plus d'un ou deux voyages par an. Alors la plupart du temps, c'est à toi de te prendre en charge, d'organiser tes propre trips avec les photographes et les filmers et plus globalement, d'organiser ta saison comme tu veux pour avoir le plus de retombées médiatiques. Ensuite, chaque fin de saison, tu fais le bilan avec tes sponsors. Sinon, comme tout le monde, tu as des galères d'argent pour te faire rembourser tes frais ou toucher tes budgets.
A: Mais tu es heureux ? D: Oui, bien sur, je suis heureux et j'adore faire ce que je fais. A: Ciao Darius et merci.
Sponsors : Nidecker, Quiksilver, Arnette, Northwave, Drake, Pulp 68
Texte: Phil Tremsal Photos: E. Bergeri
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